Pour une communauté éducative durable
9-11 oct. 2017 Bruxelles (Belgique)

Le colloque > Renforcer l'inclusion sociale

 

4ème colloque Lasalé

Thématique 2 : Renforcer l’inclusion sociale/ Lutter contre la disqualification sociale

 

A bien des égards, l’école apparaît comme l’un des rouages de la fabrique des pauvres (Devos & Nicaise, 2016, Guio & Baye, 2016). L’école ne répond plus à son message d’égalité et de dynamique d’ascenseur social. Loin de juguler le développement des inégalités, elle semble plutôt les renforcer. Ainsi, les enfants qui réussissent mieux à l’école sont le plus souvent issus de milieux favorisés, tandis qu’une origine sociale plus modeste coïncide avec davantage de chance d’arrêter plus précocement ses études (Hirtt, Kerckhofs, Schmetz, 2015 ; Ghesquière, 2015). Par ailleurs, les logiques de relégation sont toujours bien à l’œuvre dans le système éducatif belge favorisant plus régulièrement l’orientation d’enfants issus de milieux modestes que d’enfants issus de contextes plus favorisés (Romainville, 2015). Selon Baye (2015), le système éducatif de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) figure parmi les plus inéquitables de l’OCDE et ce, depuis la première enquête PISA, tant le différentiel d’acquis des élèves (en lecture, mathématiques ou sciences) est important en fonction des données socioculturelles et socioéconomiques. Il a été constaté que, si dans certains pays, le système éducatif réduit les différences sociales de départ, d’autres, comme c’est le cas en FWB, semblent au contraire les accentuer (Baye, 2015).

C’est d’autant plus dommageable que ces formes de disqualifications sociales ont un impact rédhibitoire sur la trajectoire des jeunes, mais aussi sur leur intégration sociale. L’insertion socioprofessionnelle de ces jeunes est davantage compromise dans un contexte de pénurie d’emploi (Lahaye, Pannecoucke, Van Rossem & Vranken, 2015) ; de plus, leur adhésion aux processus de socialisation est remise en question dans une société qui tend plus à les exclure qu’à les inclure (Vranken et al., 2012 ; Vranken, 2010).

Face à cette disqualification sociale ancrée, les stratégies à mobiliser doivent trouver leur origine dans une analyse précise et spécifique des caractéristiques du phénomène aux niveaux national, régional mais aussi local. Trois catégories ont également été suggérées par la Commission européenne en vue de classer les différentes mesures prises par les membres de l’UE. Des mesures de prévention, d’intervention et de compensation pourraient ainsi être privilégiées pour lutter de façon efficace contre la disqualification sociale qui prend souvent la forme d’une sortie précoce du système scolaire à la suite d’une accumulation de diverses formes d’exclusion.

Il est également important d’impliquer les enfants et les jeunes, notamment par l’intermédiaire de projets participatifs afin qu’ils puissent promouvoir leurs droits.

Selon l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse (2016) (OEJAJ),  la participation des enfants et des jeunes aux décisions les concernant peut prendre de multiples formes : la participation directe, par exempledans les maisons de jeunes ou les organisations de jeunesse; la participation via des représentants, par exemple dans les différents types d’enseignement ou dans les IPPJ (représentation directe), et dans les maisons de jeunes ou les organisations de jeunesse via des associations (représentation indirecte). Cette participation peut prendre la forme d’un avis individuel, par l’interpellation d’un conseiller de l’Aide à la jeunesse et la prise en compte de l’avis général des jeunes (OEJAJ, 2016).

Albarello et Williquet (2007) ont en outre constaté que dans la sphère scolaire, lorsqu’une décision importante est à prendre, le jeune a l’impression que son avis (participation) n’est pas suffisamment sollicité. Selon l’étude, les jeunes ont également l’impression que leur avis n’influence pas les décisions prises. Pourtant, selon le Décret Mission (1997), un Conseil de participation doit être créé dans chaque école (article 69, §1), avec notamment les représentants d’élèves. On peut constater que d’un point de vue éducatif, certaines initiatives sont prises à l’état exploratoire. Un exemple de projet participatif (sphère scolaire) qui peut être cité est le projet « Prévention du Harcèlement et des Violences Scolaires » (Humbeeck & Lahaye, 2016). Ce projet vise une participation directe des élèves dans la rédaction des règles des lieux de vie de l’établissement (cour de récréation et autres endroits de vacance de pouvoir) et l’apprentissage d’une forme de démocratie juridique, via le porte-voix dans le conseil de discipline. Par ces deux moyens, l’enfant est amené à s’impliquer dans la vie de l’établissement. Il est à préciser que selon Ciosi (2014), « mettre en œuvre un projet participatif est bien différent de concevoir et proposer des activités de loisirs » (p.42), et que la conduite de ce type de projet a comme avantage pour les jeunes de « comprendre l’enjeu social qui les entoure » (p.42), cette pratique cristallisant les enjeux, les moyens et les contraintes des acteurs qui sont impliqués (Ciosi, 2014).

Précisons que pour être efficaces et atteindre réellement leur but, les stratégies à mettre en place pour faire face à la disqualification sociale doivent mobiliser l’ensemble des acteurs de l’éducation (Fazekas, 2011). Dans une perspective de coéducation, nous pouvons par exemple relever les sphères scolaire, familiale, politique, de la protection de la jeunesse, de la petite enfance, de la santé et de l’emploi (Lahaye & Humbeeck, 2015). Cette transversalité des acteurs impliqués dans un cadre non seulement de réflexion mais également d’intervention dans l’univers de l’éducation, se décline sous l’appellation d’alliance éducative.

Selon Gilles, Potvin, Tièche Christinat cité dans Bardi, 2013 « L’alliance suppose des buts partagés ainsi que des priorités et des formes d’action définies en commun. Au niveau « micro », l’alliance concerne l’école, l’élève et sa famille, au niveau « méso », des psychologues, des éducateurs, des personnels de santé, des structures « relais » ; enfin, au niveau « macro », elle rassemble les régions, les politiques, les syndicats, les entreprises » (p.25).

C’est précisément dans cette perspective qu’en Belgique s’inscrit le récent décret des politiques conjointes de la Fédération Wallonie-Bruxelles organisant divers dispositifs scolaires en vue de favoriser le bien-être des jeunes à l'école, l'accrochage scolaire, la prévention de la violence à l'école et l'accompagnement des démarches d'orientation scolaire. Ce décret qui est en application depuis le 1er septembre 2014 se situe à l’intersection des sphères sociale et éducative.

 

Le présent colloque sera l’occasion de donner une visibilité à l’ensemble des questions, initiatives et innovations à propos de la problématique de la disqualification sociale.

Les axes de réflexion visés par cette thématique sont les suivants :

Dans les secteurs de l’école, des alliances éducatives (école-famille-communauté) et de la politique :

    • Quelles questions restent posées face à la problématique de la disqualification sociale?
    • Quelles mesures et/ou dispositifs et/ou innovations sont mis(es) en œuvre pour favoriser l’inclusion sociale ?
    • De quelle(s) évaluation(s) disposons-nous sur les mesures et/ou dispositifs et/ou innovations dans le domaine de l’inclusion sociale?

 

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Mots-clés : Disqualification sociale- Prévention, intervention, compensation- Projet participatif- Trajectoire d’insertion (jeunes)- Coéducation.

 

 

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Bibliographie :

Albarello, E., Wiliquet, M. (2007). Enquête sur la participation des enfants et des jeunes de 10 à 18 ans en communauté française de Belgique. Rapport final.

Bardi A-M. (2013), « Les alliances éducatives pour lutter contre le décrochage scolaire, Jean-Luc Gilles, Pierre Potvin, Chantal Tièche Christinat », Revue internationale d’éducation de Sèvres. En ligne http://ries.revues.org/3096

Baye, A. (2015). Inégalités entre élèves et inégalités structurelles en Fédération-Wallonie-Bruxelles. L’apport de l’enquête PISA. In Eduquer 2015/ 5 (n°114) p.10-12.

Ciosi, L. (2014). Projets participatifs avec des adolescents : les conditions de leur implication. Informations sociales 2014/1 (n°181), p. 42-49.

Devos, B. & Nicaise, I. (2016). Enseignement : un parcours d’obstacle. In : I. Pannecoucke, W. Lahaye, J. Vranken& R. Van Rossem (eds.), Pauvreté en Belgique. Annuaire fédéral 2016. Gent : Academia Press

Fazekas, S. (2011). Council recommandation of 28 June 2011 on policies to reduce early school leaving. Official Journal of the European Union, 191, 7 pages.

Ghesquière, F., & Gires, J. (2015). L'école en Belgique renforce les inégalités. Retrieved from http://inegalites.be/L-ecole-en-Belgique-renforce-les

Guio, A.-C., & Baye, A. (2016). La pauvreté infantile et juvénile en Fédération Wallonie-Bruxelles. Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Hirtt, N., Kerckhofs, J-P., Schmetz, P. (2015). Qu’as-tu appris à l’école. Essai sur les conditions éducatives d’une citoyenneté critique. Bruxelles : Aden.

Humbeeck, B. & LAHAYE, W. (2016). « Prévention du harcèlement et des violences scolaires ». De boeck.

Lahaye, W. & Humbeeck, B. (2015), Co-éducation et soutien à la parentalité : deux paradigmes nécessairement différents dans le champ des relations école-famille-territoire. In: XVèmes rencontres internationales du Réseau de recherche en Education et en Formation (REF) , Québec, Canada.

Observatoire de l’enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la jeunesse (OEJAJ). (2016). La participation des enfants et des jeunes. En ligne http://www.oejaj.cfwb.be/index.php?id=5313 consulté en janvier 2017.

Romainville, A. 2015. Le spécialisé en Communauté française, un enseignement special…pour les pauvres. En ligne sur inégalités.be http://inegalites.be/Le-specialise-en-Communaute

Vranken, J. (2010). Inleiding. In D. Dierckx, N. Van Herck & J. Vranken (eds.), Armoede in België. (pp. 19-35). Leuven: Acco.

Vranken, J. (2012). Développements au cours de l'année suivant l'Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (et la présidence belge). In: Vranken, J., Lahaye, W. ; Geerts, A., Coppee, C. (Eds.), Pauvreté en Belgique. Annuaire 2012 (pp. 45-60). Leuven: Acco.

 

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